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Après le congrès des maires, à Paris

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Le Congrès National de l’Association des Maires de France se tenait à la porte de Versailles du 23 au 25 novembre. C’est toujours un événement important pour les élus, avec des moments de réflexion, d’échanges et de convivialité. Mais cette année, le président de la République, qui nous avait snobé en 2009 s’est imposé dès l’ouverture. Pour faire la leçon aux maires, comme à des enfants turbulents, un peu demeurés ... et ignorants des réalités

Comment faire une salle

Dès 13h, le grand amphithéâtre du palais des congrès était pratiquement plein... de militants UMP dotés de badges spéciaux. Et comme pour des raisons de sécurité, la capacité totale avait été limitée, il ne restait pas trop de places pour d’éventuels contestataires, ou même simplement des élus républicains venant participer à leur congrès national.
Malgré la présence massive de ses supporters, l’accueil n’a pas été des plus chaleureux.

En tant que maire de Paris, Bertrand Delanoë a prononcé une brève allocution d’ouverture, très consensuelle, rappelant seulement l’inquiétude partagée par une large majorité d’élus, et demandant que les relations entre l’Etat et les collectivités soient empreintes de valeurs partagées : Respect, confiance, solidarité. Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, faites-nous un peu confiance à nous, les maires, a-t-il lancé, sous les applaudissements de la salle.

Eléments de langage, storytelling

J’ai déjà eu l’occasion (ici) de décrire le fonctionnement des discours de propagande avec ses « éléments de langage » qui se répètent d’un message à l’autre et ses histoires héroïques, le storytelling. D’emblée, le président s’est présenté comme le héros de la réforme, se comparant sans vergogne au De Gaulle de la décolonisation, au Mitterrand de l’abolition de la peine de mort, à la Simone Veil qui a osé légalisé l’interruption volontaire de grossesse ! Le voici donc aujourd’hui sauvant notre économie, nos entreprises, notre industrie en supprimant la taxe professionnelle et terrassant l’abominable complexité de notre organisation territoriale. Derrière la belle histoire, la réalité est tout autre : pour remplacer les ressources venant de la taxe professionnelle, il y a sept ou huit nouveaux impôts, sans pour autant que les collectivités soient assurées de ressources à la hauteur des charges qu’elles assument. Quant à la simplification territoriale, où peut-on la voir avec la création des « communes nouvelles, » des « métropoles » ? Ah oui, la création du « conseiller territorial » élu hybride à moitié régional à moitié départemental.

Si on veut des exemples des éléments de langage, inlassablement répétés, il suffit de voir comment le président à deux jours d’intervalle a repris les mêmes expressions devant les maires puis avec les agriculteurs de l’Allier. A nous comme à eux, il a affirmé son désir d’être bref pour ne pas lasser notre attention.... Mais regardez ci-dessous.

Sur le Post, la deuxième vidéo, reprise du Petit Journal

De la condescendance et du mépris

Les brefs extraits montrent bien ce ton condescendant : Nous sommes naïfs, notre réflexion est à courte vue, et nous n’avons pas son courage. La lecture du document complet vous le confirmera (voir le fichier joint) et vous comprendrez que le président ne s’adressait pas à des gens « responsables. » Et que penser de sa façon d’aborder la question de la dépendance : « Les femmes travaillent, c’est une évolution inéluctable et excellente. Et qui va faire la toilette de la personne âgée qui n’est pas indépendante ? » Parce qu’évidemment, ce sont là des tâches féminines !

Il nous a expliqué que les départements, surtout ceux qui accueillent des personnes âgées en quête de soleil, n’auraient pas le potentiel fiscal pour financer la dépendance, oubliant au passage que l’Etat n’honore pas les engagements pris à la création de l’APA, qui devait être fondée sur la solidarité nationale (voir le graphique ici.)

A chacun sa part de la dette ?

Devant l’ampleur des déficits, le président nous a invités à nous serrer encore plus la ceinture, faisant semblant de mettre au même niveau l’endettement de l’Etat, largement dû à sa politique fiscale, et la dette contractée par la collectivités pour préfinancer des biens durables. Comme s’il ignorait, - mais les maires le savent eux parfaitement - que les collectivités n’ont pas le droit de présenter des comptes en déficit ! Il a donc confirmé que les communes seraient au régime sec, avec des dotations d’Etat gelées pour 3 ans. Alors que les collectivités représentent plus de 70 % des investissements publics en France. Les entreprises présentes au salon, en particulier les entreprises de travaux publics, tributaires des commandes publiques, faisaient d’ailleurs grise mine : les perspectives 2011 sont très pessimistes.

Et la démagogie à la louche

Mais pour simplifier la vie des élus, et singulièrement celle des maires, le président a promis un moratoire sur les « normes » qui s’imposent et se superposent... Succès assuré, parce que c’est un souci quotidien pour les maires : la largeur du trottoir, la forme du panneau de signalisation, l’épaisseur du revêtement de sol, le nombre de lux au m² pour l’éclairage public, etc. Mieux, le président nous a encouragés à ne pas nous encombrer de la réglementation tatillonne de l’urbanisme !
Lisez vous-même : « Je trouve incroyable qu’aujourd’hui un maire soit encouragé à construire laid, mais légal, à ne prendre aucune responsabilité mais à respecter la règle plutôt qu’à essayer de faire quelque chose de beau et d’adapté à la situation de sa commune en prenant parfois quelque liberté avec l’interprétation d’une règle qui n’a plus rien à voir avec ce qu’est la réalité du terrain. On ne peut pas continuer comme cela. »

Là encore, il a pu se faire applaudir... mais la dure loi de la réalité demeure. Et la réalité impose que des règles puissent contenir la puissance des marchés, spécialement pour l’immobilier et le logement. Car, comme le disait Lacordaire, « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit. »

Publié le samedi 27 novembre 2010, par Paul Paboeuf.

Messages

  • La réforme des collectivités telle quelle a été imposée :

    Ce n’est pas une réforme mais une régression pour notre pays.

    Ce n’est pas une « simplification » mais une complexification, avec la création d’un échelon supplémentaire de collectivités.

    Ce n’est pas une clarification mais une confusion, avec la création d’un élu hybride entre départements et régions.

    Ce n’est pas un progrès de la cohésion de notre pays, mais l’avènement du « chacun pour soi  », avec la création d’un « délit de solidarité territoriale » entre collectivités.

    Ce n’est pas une démocratisation mais un changement des règles de la démocratie pour que l’UMP gagne les élections locales, avec les modes de scrutin du conseiller territorial, qui limiteront en outre la parité et la diversité politique.

    Le Gouvernement se comporte avec la morgue de celui qui sait pouvoir faire plier les parlementaires, les syndicats, les collectivités territoriales. La vraie victoire d’un gouvernement, ce n’est pourtant pas d’arracher le vote d’un texte punitif, au mépris de toutes les propositions constructives, de gauche et de droite.

    La vraie victoire d’un gouvernement, c’est lorsque ses politiques publiques produisent des effets bénéfiques pour la population. En ce qui concerne l’organisation de notre territoire national, comme en ce qui concerne notre modèle social – retraites ou sécurité sociale –, il ne peut y avoir de vraie victoire du gouvernement si les Français et les collectivités locales se prononcent aussi clairement contre ses propositions.

    Sur un sujet tel que l’organisation de nos collectivités territoriales, un vote aussi serré au Sénat (4 voix), sur un texte aussi régressif, est la marque de fabrique d’une loi inapplicable.

    Pour construire un avenir meilleur, pour améliorer l’organisation de notre pays, les voies du dialogue démocratique, respectueux de chacun, sont les seules qui s’offrent à nous.

    C’est en tout cas dans ce sens que la GAUCHE prépare la véritable réforme des collectivités territoriales telle que nous la mènerons en 2012.

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