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Quand le soutien aux associations environnementales devient un enjeu politique

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Lors de la dernière session du conseil régional, juste avant les vacances de Noël, mon collègue Thierry Burlot, élu des Côtes d’Armor, présentait le deuxième plan de lutte contre les algues vertes. Au cours de son exposé, il rappelle les résultats du premier plan : division par quatre du volume des algues vertes (de 20 000 tonnes à 5 000), efficacité du ramassage par les services techniques des communes concernés, mobilisation de la profession agricole (75% de conventions signées sur ce sujet). Au final, notre région sort des contentieux européens alors même que d’autres régions y entrent.

La droite s’en prend aux associations environnementales

Suivent d’autres interventions consensuelles, émanant de tous les bancs du conseil régional, saluant les progrès, et relevant l’importance de l’enjeu, pour notre cadre de vie, pour l’agriculture, pour le tourisme. Bref, tout semblait très bien aller jusqu’à ce que Stéphane De Sallier-Dupin conclue sur les raisons du vote « contre » de la droite sur ce plan de lutte : il dénonce la subvention à Eaux et Rivières de Bretagne, et sa présence au comité de pilotage, alors que cette association environnementale exerce des recours juridiques pour contester les décisions de certaines collectivités locales. Le même orateur évoque ensuite la délibération du même jour du conseil départemental du Morbihan de refus de subvention à Bretagne vivante autre association environnementale, pour la même raison.

Voila donc une bien étrange manière de faire de la politique envers des associations pourtant reconnues par l’État « d’utilité publique »  : « on vous subventionne si et seulement si vous faites passer d’autres intérêts avant la cause que vous défendez, la préservation de l’environnement. » Pour être subventionnées, ces associations devraient donc manquer à ce qu’elles estiment être leur devoir. Or, c’est précisément parce qu’elles défendent l’environnement sans compromission et avec un savoir-faire reconnu que l’Etat leur accorde un droit à participer du fonctionnement institutionnel de notre Pays.

Des associations reconnues par les pouvoirs publics

Car, rappelons-le, Eaux et Rivières ou Bretagne vivante sont des fédérations d’associations environnementales, où d’ailleurs les points de vue peuvent fortement diverger. A ce titre, elles siègent dans bon nombre de comités et commissions consultatifs, voire parfois décisionnels au plan local. Les comités locaux de l’eau (CLE) des bassins versants, les comités de suivi de site (CSS) créés pour les sites industriels sensibles (classés SEVESO) ou les lieux de stockage de déchets, les commissions départementales des installations classées (CODERST) en charge des implantations d’une certaine taille pour l’industrie et l’agriculture... Toutes ces commissions accueillent de droit ces fédérations environnementales. Les conseils de développement des Pays leur sont ouvertes et leur permettent de participer aux comités uniques de programmation (CUP) lieux de programmation des financements par territoire du contrat de plan État-Région, des fonds européens territorialisés.

C’est ainsi que nous avons débattu fortement lors d’un des derniers « CUP » de la notion de tourisme vert s’agissant du nouveau projet de l’étang du Moulin Neuf, porté par Questembert Communauté. Je n’étais pas d’accord avec la représentante des associations environnementales sur ce sujet précis. Mais cela ne m’empêchera pas de reconnaître la légitimité de sa présence dans cette instance !!! C’est du bon sens.

Une conscience environnementale partagée

Au-delà de la participation institutionnelle, le rôle des associations environnementales, en particulier sur la politique de l’eau, est crucial. Car la mobilisation citoyenne a permis d’inverser les rapports de force, et, contrairement aux idées reçues, à rompre avec l’opposition frontale entre militants écologistes et agriculteurs. Car ne rêvons pas, si les élu(e)s de la majorité départementale du Morbihan ont voté contre toute subvention à Bretagne vivante, ce n’est pas dans la perspective de faire cesser l’activité de l’association, mais bien d’essayer de réactiver un vieux ressentiment du monde paysan, essentiellement, contre ces militants écologistes à des fins électorales. Le président du conseil départemental est en pré-campagne, semble-t-il...

Toutefois, cette vision me semble quelque peu datée. Car le monde agricole est lui-même en profonde mutation, y compris souvent pour des raisons économiques, financières voire sanitaires. Le discours des élus des chambres d’agriculture n’est plus celui d’opposants farouches à ces grands plans de préservation de la ressource, bien au contraire. S’agissant par exemple de la gestion du bassin versant de la Vilaine, c’est l’État qui s’est le plus souvent retrouvé en minorité face à un bloc solide constitué des élus locaux, des associations environnementales et des élus des chambres d’agriculture concernés. Idem pour le plan algues vertes : quand 75% des professionnels d’un territoire adhèrent sans contrainte au plan d’action, c’est qu’ils sont bien placés pour percevoir les risques.

Zéro Phyto

Il y a dans le discours d’une certaine droite cette vieille idée que « l’écologie, cela commence à bien faire » pour paraphraser Nicolas Sarkozy. Heureusement, il est des gens lucides et de bon sens, y compris dans les rangs conservateurs. J’étais récemment présent à une réunion organisée à Plescop par le Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan, dont le président est le maire de Sarzeau, et j’écoutais très attentivement l’exposé passionné d’une adjointe au maire de Versailles. Avec sa technicienne,, elle nous a présenté la manière dont sa ville avait pris à bras le corps la question du « Zéro Phyto ». Car certes la Loi dite « Labbé » entre en vigueur le 1er janvier 2017 et interdit l’usage de ces produits, hors cimetière et pelouse de football, aux collectivités. Mais il était possible, sans effort insurmontable de rester dans la longue liste des communes bretonnes qui interdisaient totalement l’usage de ces produits. Tel n’est pas été le cas, pour une médiocre communication sur le cimetière le temps d’une campagne électorale.

Donc laissons François Goulard et son équipe au département du Morbihan se tromper de débats. Reconnaissons à chacun sa légitimité pour agir. Acceptons la discussion, toujours utile, qu’elle fasse ressortir un consensus porteur de progrès, ou qu’elle fasse rejaillir un désaccord de fond obligeant chacun à argumenter sa position. C’est aussi cela la social-démocratie, en France, en Bretagne, dans le Morbihan et à Questembert.

Publié le mercredi 28 décembre 2016, par Maxime Picard.

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